Parent d’enfant en situation de handicap : qui m’aide ?
Être parent d’un enfant en situation de handicap est un défi de taille qui nécessite non seulement du courage et de la résilience, mais aussi un accès à des ressources adéquates pour soutenir l’enfant et la famille.
Cet article vise à informer et guider les parents sur les différentes formes d’aides disponibles lorsqu’on a un enfant handicapé, en partageant des informations cruciales, des témoignages inspirants et des ressources pratiques.
Le choc de l’annonce du handicap de son enfant
Découvrez les aides à chaque étape.
Le diagnostic et l’annonce d’un enfant handicapé né ou à naître est un véritable choc émotionnel pour les parents : ils vivent un état de sidération qui les empêchent d’entendre les explications, de réfléchir, d’agir.
La sidération est suivie de l’effondrement des parents. Tout s’écroule. La famille bascule dans un autre monde, le monde du handicap. « Je sais que c’est le début de quelque chose dans lequel je n’ai pas envie d’aller » déclare Hélène de Fougerolles (Crespo-Mara, 2021).
Tous les témoignages sur l’annonce d’un enfant handicapé parlent de « bombe », « séisme », « tsunami », « trou noir », « fin du monde »…
Puis, des sentiments de tristesse, de colère, de culpabilité, de peurs et d'anxiété, de révolte, de sentiment d’injustice, de honte fusent et s’entrechoquent. Les questions se bousculent : à qui la faute (au père, à la mère, à la famille, aux médecins ?), pourquoi moi, pourquoi nous ? Que va devenir notre enfant, notre vie ? Quel sens donner à tout ça ? Comment annoncer ce handicap aux proches, que vont-ils dire ?
Il est important de préciser que ces sentiments ne s’adressent pas à l’enfant lui-même, mais au handicap, à la déficience et à ce qu’il implique.
Il arrive très souvent aux parents de refuser cette annonce ; c’est un moment instinctif de rejet, de répulsion de la réalité. S.Korff-Sausse (1996) explique cette réaction : « L’enfant handicapé nous tend un miroir qui met à nu nos propres imperfections et reflète une image dans laquelle nous n’avons pas envie de nous reconnaître. »
L’avenir est remis en question, le futur se dessine menaçant, inquiétant. Le handicap laisse souvent les familles sans réponse, démunies, désorientées face à leur avenir si incertain. Les projections qu’elles se faisaient sur cet avenir sont rompues et doivent être remaniées.
Qui peut vous aider ?
- Il est capital d’être accompagné lors de ces instants d’annonce : la force du couple est indispensable pour faire face à des mots qui balaient bien des projections de vie établies jusqu’alors.
- Les équipes médicales sont généralement très attentives aux réactions des parents et permettent des entrevues avec des médecins, pédiatres et psychologues.
« Mon enfant ne sera jamais comme les autres. » Ces mots tournent en boucle dans la tête de Marie-Hélène qui a appris la cécité de son petit Thomas, grand prématuré qui souffre de rétinopathie avec décollement de rétine.
Comment Marie-Hélène peut-elle accepter l’inacceptable ?
Comme bien d’autres parents confrontés au handicap, à la déficience, Marie-Hélène devra cheminer pour arriver à faire le deuil de l’enfant « normal » ou « idéal » ou « rêvé » et accepter d’avoir un enfant handicapé.
Ce deuil comporte plusieurs étapes qui rejoignent celles de la courbe du deuil d’Elisabeth Kübler-Ross, médecin suisse : c’est elle, qui, la première, a rendu accessible au public une description des états intérieurs de l’homme en deuil. Elle définit cinq rendez-vous émotionnels incontournables, trop souvent relégués dans le non-dit : le choc, le refus, la colère, la dépression et l’acceptation.
Le deuil de l’enfant « rêvé » est un deuil particulier, et ce, pour trois raisons :
- la brutalité de la première annonce repose sur des faits incontestables (analyses, examens médicaux), alors que les parents n’avaient jamais envisagé d’ avoir un enfant handicapé : « ça n’arrive qu’aux autres… »
- les parents sont ensuite directement confrontés à toutes les conséquences et répercussions du handicap, et ce pour des années, à chaque étape de développement de leur enfant, et dans de multiples domaines à venir.
- Enfin, les parents sont dans l’impossibilité de s’appuyer sur des certitudes : personne ne sera jamais en mesure de dire de façon absolument certaine jusqu’où ira l’enfant. Les seules affirmations qui existent concernent généralement « ce qu’il ne pourra pas faire ». Le reste dépend trop du contexte, des progrès de la médecine, des adaptations possibles, des traitements suivis, etc.
Les parents sont donc face à un avenir plein d’hypothèses et d’incertitudes sur les capacités et incapacités de leur enfant handicapé. Dans ces conditions, il leur est difficile de construire une image de leur enfant et d’amorcer un travail de deuil de l’enfant « rêvé ».
D’après Simone KORFF-SAUSSE, cette notion de « deuil » n’est d’ailleurs pas vraiment appropriée. Demander aux parents de « faire le deuil » de l’enfant imaginaire serait les forcer à renoncer à la représentation qu’ils ont de leur filiation. « Deuil impossible, car perdre cet objet, c’est perdre une partie vitale d’eux-mêmes. Renoncement impossible, car renoncer à l’enfant imaginaire, c’est renoncer à l’image de parents pouvant mettre au monde un bel enfant, qui met en jeu, à travers l’enfant qu’ils ont conçu, leur propre conception. Par conséquent, l’enfant imaginaire garde sa place, comme un idéal inatteignable ». (2010, p.44).
Simone KORFF-SAUSSE ajoute : « L’enfant handicapé envoie à ses parents une image déformée, tel un miroir brisé, dans laquelle ils ont du mal à se reconnaître, et partant, à reconnaître l’enfant attendu, l’enfant qui se situe dans leur filiation et qui doit les perpétuer après leur mort. Cet enfant-là est loin, très loin, de l’enfant espéré. Loin de l’enfant que tous les parents ont porté en eux pendant les neuf mois de grossesse, et rêvé depuis bien plus longtemps encore. » (Ibid., p.43).
Malgré les diverses ruptures qui s’opèrent suite à l’annonce, les parents devront rencontrer l’enfant « réel » pour en accepter le handicap.
Que la découverte du handicap se fasse à la naissance ou plus tard lors du développement de l’enfant, une temporalité psychique est nécessaire pour les parents. Ils ont besoin de temps pour se défaire de l’image de l’enfant « idéalisé » et arriver à la phase d’acceptation du handicap.
Qui peut vous aider ?
- L’entourage proche peut être un appui s’il s’y sent autorisé. L’annonce d’un enfant handicapé favorise le repli dans la bulle familiale : fatigue, déprime ou dépression, peur des réflexions de l’extérieur… Pourtant, parmi les amis et parents, certains peuvent s’avérer de très bons soutiens.
- Les associations de parents : Les groupes de parents permettent de créer du lien, de voir qu’on n’est pas seuls et apportent aussi de l’aide qui ne peut provenir que d’une personne qui vit cette épreuve. L’AFEH (Association des Familles d’Enfants Handicapés et leurs amis) en est un exemple.
Les parents ont à peine le temps d’intégrer l’annonce du handicap qu’ils doivent agir.
Une force les pousse à l’action parce qu’ils savent qu’il y a urgence, qu’ils sont conscients de leurs responsabilités et que c’est la seule voie pour échapper à l’angoisse (Henri Laborit, 1974).
Les parents d’enfant handicapé s’engagent alors dans un « parcours du combattant » : en agissant, ils apaisent les sentiments d’angoisse et de culpabilité, ils agissent pour le futur de leur enfant, ils se battent pour lui. Ils le reconnaissent au travers de ces actions, lui donnent une place dans leur famille.
Ces actions ne s’enclencheront que si les parents ont été soutenus par des professionnels pour construire une image positive de leur enfant ; ils doivent être convaincus que, malgré son handicap, leur enfant a un potentiel, des capacités qu’il faut soutenir et développer.
Qui peut aider les parents d’un enfant handicapé ?
- L’aide de la MDPH : après le diagnostic, il est crucial de se tourner vers les structures adéquates pour obtenir une reconnaissance officielle du handicap, comme la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) en France. Cette reconnaissance permet d’accéder à diverses aides et services.Pour vous aider, vous pouvez faire appel à :
- Une assistante sociale indépendante ou le service social de votre commune (CCAS) pour vous guider dans les démarches et vous aider à remplir le dossier.
- Des conseillers à l’accueil de la MDPH de votre région sont également à votre disposition.
- Tout service social (Espace Départemental des Solidarités, assistances sociales de l’hôpital, CRAMIF…)
- L’enseignant référent de votre enfant
- Les équipes médicales et paramédicales des CAMSP (Centres d’Action Médico-Sociale Précoce) ; ce sont des établissements médico-sociaux chargés de la prise en charge précoce des problématiques de handicap chez les enfants âgés de 0 à 6 ans présentant des difficultés ou des retards dans leur développement. Ces centres regroupent des médecins, pédiatres, pédopsychiatres, orthophonistes, psychologues, ergothérapeutes, etc. Ils accompagnent les parents dans le diagnostic, la prévention, le traitement et la rééducation de leur enfant. Ils permettent la mise en place d’une aide spécialisée destinée aux enfants handicapés comme à leurs parents et d’un traitement visant à faciliter l’adaptation des enfants dans leur milieu familial, social et scolaire, ainsi qu’un suivi par des consultations, des séances individuelles ou de groupe.
- Un numéro vert est à disposition des familles d’enfants porteurs de handicap : le 0 800 360 360 peut les aider et les accompagner dans le parcours de votre enfant.
Les parents d’enfant handicapé éprouvent plusieurs types de soutien pour accompagner leur enfant en situation de handicap :
- Un soutien émotionnel pour trouver de la réassurance dans les moments difficiles.
- Un soutien d’estime : chaque parent ressent le besoin de se rassurer à propos de ses compétences à s’occuper de son enfant, de sa valeur, notamment dans les situations stressantes.
- Un soutien informatif clair, le plus complet possible : il permet de comprendre le handicap de son enfant, les conséquences, les moyens à développer pour l’accompagner au mieux.
- Un soutien matériel ou financier, qui permet d’améliorer et d’aider à la vie quotidienne.
Elisabeth Zucman (pédopsychiatre) précise : "Soutenir, ce n’est pas seulement par la mise en place de thérapies, mais aussi par des rencontres, c’est s’autoriser à dire les émotions que développe en nous un handicap qui est insupportable comme tout handicap".
Les aides et ressources disponibles pour les parents d’enfant handicapé
Aides financières et administratives
Les parents peuvent bénéficier de diverses allocations et aides financières pour alléger le fardeau économique. Parmi elles, on trouve l’Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé (AEEH) et ses compléments, ainsi que les aides de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF).
Qui peut vous aider ?
- Les services sociaux ou assistantes sociales en libéral peuvent aider les parents à prendre connaissance de leurs droits et ceux de leur enfant et faire les démarches nécessaires pour en bénéficier.
- Les associations et organismes de soutien : il existe de nombreuses associations dédiées à aider les parents et les enfants en situation de handicap ; elles sont généralement spécifiques au type de handicap de l’enfant. Elles sont souvent portées par des parents qui ont vécu les mêmes difficultés que vous.
Les professionnels de santé et l'éducation spécialisée
Les rôles des différents professionnels dans les établissements et les services spécialisés
L’accompagnement d’un enfant en situation de handicap implique souvent une équipe pluridisciplinaire : médecins généralistes, pédiatres, psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes, etc.
Chaque professionnel joue un rôle spécifique dans le développement et le bien-être de l’enfant ; son travail est axé sur l’enfant, mais il y inclut régulièrement les parents. Vous pouvez également les solliciter spontanément pour une question, un conseil.
Ces professionnels sont accessibles soit en cabinet libéral, de façon individuelle, oit en équipe pluridisciplinaire dans les différents établissements spécialisés qui peuvent accueillir votre enfant selon son handicap :
Pour en savoir plus : consultez l’annuaire des établissements de l’action sociale pour les jeunes handicapés
Les services de répit pour les parents d’enfants en situation de handicap
L’objectif des services de répit est de permettre aux parents de disposer d’un temps de répit en confiant la garde et l’accompagnement de leur enfant handicapé au domicile ou en accueil collectif.
Vous pouvez contacter le Portail Répit ou solliciter des associations comme ANAE, l’APF France Handicap.
Les livres et articles de blogs
Les livres et articles de blogs relatifs au handicap de votre enfant sont riches en informations utiles pour le quotidien des familles. Vous pouvez commencer par consulter par exemple le blog généraliste ” BIP”. Plus vous en saurez sur le handicap de votre enfant, mieux vous saurez l’aider.
Des temps dédiés exclusivement au ressourcement des parents
Être parent d’enfant handicapé est un long parcours qui demande chaque jour une grande énergie… et qui amène bien des parents à s’oublier eux-mêmes. Leur attention est monopolisée par leur enfant, les rdvs, les soins, les professionnels, l’école, les démarches administratives… et tout ce qui concerne la fratrie lorsqu’il y a aussi d’autres enfants à gérer.
« Prendre du temps pour moi ? Quand ? Pour faire quoi ? » demande Sarah, maman de Pierre, polyhandicapé.
Comme Sarah, la grande majorité des parents ne sont pas en mesure d’écouter leurs besoins et encore moins d’y répondre. Seuls les besoins de leur enfant sont prioritaires. Or, pour bien s’occuper de son enfant, et ce, à long terme, il est indispensable de trouver des temps de ressourcement. Ces moments peuvent être variés, mais doivent être réguliers pour être efficaces.
La plus grande difficulté est de s’autoriser ces temps pour soi en se dégageant du sentiment de culpabilité et de la peur qu’il arrive quelque chose à son enfant. Ce n’est pas de l’égoïsme, mais une nécessité pour se recharger en énergie physique, mentale, émotionnelle et pouvoir continuer à bien accompagner son enfant (et le reste de la famille !).
Marcher, se faire masser, faire une séance de sophrologie ou méditer, faire du sport, lire, peindre… peu importe l’activité à partir du moment où elle vous permet de décrocher de votre quotidien et de vous réénergiser.
Qui peut vous aider à dégager du temps pour vous-même ?
C’est la grande question ! Pour y répondre, il faut que vous soyez au clair avec vous-même : vous devez accepter d’avoir une personne relais, quelqu’un de confiance pour vous aider à prendre du temps pour vous.
Cela peut être votre conjoint, une amie, quelqu’un de votre famille, un voisin, un collègue, un membre d’une association de bénévoles.
La plupart des familles préfèrent ne pas demander d’aide par peur du refus, peur de déranger, peur que la personne se sente dépassée à un moment ou un autre.
Parfois, les parents sont dans un tel besoin de maîtrise (inconscient) qu’ils n’entendent pas les offres d’aide proposées par l’entourage proche : « J’ai longtemps occulté les sollicitations de ma belle-mère pour venir garder Léa à la maison de temps en temps le week-end… Jusqu’à ce que je m’écroule. J’ai eu la chance qu’elle puisse venir prendre le relais dans la foulée et là, j’ai compris qu’elle était capable de gérer ma fille. »
– Fiona, maman de Léa atteinte d’arthrogrypose.
Favoriser les rencontres, les liens sociaux permet parfois de croiser des personnes compétentes qui apportent des solutions inattendues :
Nathalie (Maman) : «[…] Au hasard d’une demande en halte-garderie pour permettre à ma fille d’être au contact d’autres enfants, je fais une rencontre, « LA » rencontre, avec une directrice de crèche qui me prend sous son aile et accepte Appoline quelques heures par semaine. Au fil des semaines, une communication s’installe entre nous et elle finit par me demander de quelle prise en charge bénéficie Appoline. Je ne sais pas quoi répondre puisqu’il n’y en a pas. Elle fait son carnet d’adresses, me conseille, me prend des rendez-vous avec mon accord. C’est le début d’un second souffle où quelqu’un nous tend la main. Au fil des démarches, des nouvelles rencontres, l’horizon s’éclaircit car nous ne sommes plus seuls. »
Conclusion
Être parent d’enfant en situation de handicap ne vous enferme pas dans une bulle de solitude.
Des aides, des professionnels, des relais, des mains tendues existent autour de vous ; même s’ils ne sont pas en parfaite adéquation avec vos attentes, ils ont le mérite de vous apporter des solutions et de vous permettre d’avancer avec votre enfant.
Wesioo vous permet de rentrer en contact avec des professionnels de santé. Si vous souhaitez être accompagné, n’hésitez pas à nous contacter.










